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dimanche 21 octobre 2012

La Trilogie des elfes de Jean-Louis Fetjaine




Auteur : Jean-Louis Fetjaine
Nb de pages : 920
Série : trilogie
Catégorie : fantasy





Résumé officiel

Il y a bien longtemps, avant même Merlin et le roi Arthur, le monde n'était qu'une sombre forêt peuplée d'elfes et de races étranges dont nous avons aujourd'hui perdu jusqu'au souvenir. Dans ces temps anciens, les elfes étaient un peuple puissant et redouté des hommes.
Voici le récit de leurs dernières heures, depuis la rencontre du chevalier Uter et de Lliane, la reine des elfes. L'histoire d'une trahison et de la chute de tout un monde, d'un combat désespéré et d'un amour impossible.

Mon avis

Avis sur le tome 1 :
J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce roman, à tel point que je ne lisais qu’un chapitre par jour. Les ficelles sont trop visibles, les descriptions trop lourdes et pas toujours bien placées (quel est l’intérêt de savoir qu’Uter reluque les seins de Lliane et qu’elle le sait alors qu’ils sont en train de fuir pour sauver leur peau ? Cela casse complètement le rythme de l’action). Le cliché du « les hommes sont les méchants » m’a achevée. J’ai donc commencé à m’intéresser à l’intrigue qu’au moment où la compagnie quitte Kab-Bag. Donc environ la moitié du roman.
Malgré un début très difficile, je veux connaître la suite. Fetjaine a réussi à m’étonner alors que je disais que l’histoire du complot était cliché (même si obligatoire) et prévisible. J’ai beaucoup aimé l’entrée en scène du nouveau personnage à la toute fin du roman. Ça nous oblige à continuer tout de suite sur le tome 2 !

Avis sur le tome 2 :
Finie l’épopée héroïque, nous entrons enfin dans le cœur du sujet : les prémices de la guerre sainte. Et c’est cet hospice défavorable aux peuples dits féériques que nous découvrons une autre personnalité aux personnages déjà rencontrés auparavant. On s’y attache complètement différemment. Autant je trouvais Lliane hautaine et incarnant parfaitement la mary-sue dans le tome 1, autant ici elle gagne en profondeur. A contrario, Uter, qui était attachant et représentait le bon petit héros standard, est ici complètement tourmenté et manipulé par ceux qui l’entourent : Merlin, Lliane, les trois peuples, Ygraine, et même Excalibur si on y réfléchit bien.
L’univers devient vraiment très noir, mais cela me rassure pour la suite dans le tome 3. J’avais peur d’avoir une énième copie du Seigneur des anneaux. Les motifs sont les mêmes, mais dans La Nuit des elfes, Fetjaine arrive vraiment à s’en détacher avec des thèmes phares : symbolisme et mysticisme. Ces deux mots résument très bien tout le chaos qu’ont engendré les guerres qui se déroulent dans ce tome. Celle des nains prend vite fin et on assiste aux débuts d’une autre qui va s’interrompre brutalement avec le choix d’Uter, devenu le Pendragon.
Cependant, il y a un problème  récurrent au tomes 2 et 3 : des personnages nombreux certes, mais qui servent de décor. Un Bran très mal exploité, un Ulfin qu’on associe plus à une plante qu’à un chevalier et un Léo de Grand que je croyais mort pendant le tournoi. Une fin un peu pathétique pour Llandon, un peu trop facile. Ah oui, et une minuscule apparition de Fréhïs le Barbare. Une minute de gloire et paf plus rien. Dans tout ça, j’ai trouvé aussi que les humains étaient trop facilement méchants. Seuls les elfes arrivent à être multi-facettes alors même que leur nature le leur interdit.
Cependant, Fetjaine semble s’améliorer à chaque tome dans son écriture donc je m’attends à quelque chose de meilleur pour la fin. Car oui, maintenant je suis très impatiente de connaître le fin mot de l’histoire !

Avis sur le tome 3 :
Du début à la fin, la question des descriptions sera ma hantise éternelle. Néanmoins, Fetjaine a encore mûri dans cet ultime tome. Elles sont mieux amenées et elles rentrent parfaitement dans le roman de chevalerie. Genre qui, même s’il est riche en connaissances, fait partie de ceux que j’aime bien mais qui, s’il est utilisé à outrance, a le don de m’ennuyer. Au Moyen-âge, les redites et les descriptions répétitives ne sont pas un problème car c’est une littérature écrite ET orale. L’ancien français avait d’ailleurs des mots bien plus synthétiques que les nôtres pour décrire un lieu, un vêtement, une condition ou une relation. De ce fait, les descriptions ne sont pas ennuyantes. Fetjaine a changé sa manière de faire, mais étant donné qu’il se répète parfois pour rappeler ce qui s’est passé dans « l’épisode précédent », j’ai sauté ces passages de redites. Fetjaine a d’ailleurs bien raccourci ses romans quand il a écrit sa Chronique des elfes. Son projet a été très ambitieux, mais très lourd aussi.
Le texte est violent, cruel et froid. On sent une évolution par rapport aux premiers volumes. Les derniers chapitres permettent de faire monter la pression et le visage de l’Innommable est bien caché jusqu’à la fin. Il reste encore des personnages qui ne servent à rien. Je pense surtout à Fréhïr. Il est le père de Galaad dans cette version de la légende arthurienne, mais… son rôle d’ancien héros de la légende n’est pas utilisé. Il apparaît comme ça de temps en temps au début et à la fin. En lisant les premiers chapitres, j’ai vraiment cru qu’on allait développer son caractère, mais rien. C’est également le cas de Maheolas : il apparaît dans ce troisième tome, mais il se confond très vite avec l’Innommable. Pour le non initié, il ne repérera pas l’autre nom de Méléagant, qui appelle à l’apparition de Lancelot.

En bref : Cette trilogie est très élitiste et Fetjaine a eu du mal à combattre sur tous les fronts. Beaucoup d'ambition pour recréer l'épopée à l'ancienne, mais son traitement donne un effet de "trop" ou "pas assez" selon ce qu'on étudie. Si j'avais à choisir un seul tome, je prendrai le 3. Il traite l'entrée du christianisme dans la vie celte avec beaucoup de poigne et avec une interprétation très différente, voire perturbante. Pourquoi l’Innommable tue certains enfants et en garde d’autres ? Pourquoi le Mal incarné est-il tué par la lance des Monstres tenue par Galaad, ce qui fait faire un rapprochement entre le talisman des monstres et la lance qui a piqué le Christ ? Est-ce cela l’épreuve du Graal ? Où est passé Maheolas, l’interprétation de Fetjaine de Méléagant ?
Si Liliane devient la dame du Lac qui élève Lancelot, que va devenir Morgane, sa fille ? Liliane est présentée comme la Grand Mère. Voire peut-être la Grande Déesse ?

Lien vers l'article sur mon blog -  N° 18 dans le challenge ABC 2012

D = Difficile à terminer

mardi 11 septembre 2012

Le Yark de Bertrand Santini

Auteur : Bertrand Santini

nb de pages : 80

Série : one-shot

Catégorie : jeunesse





Résumé officiel

Le Yark aime les enfants. D’un amour si gourmand que les malchanceux qui croisent son sourire peuvent faire une croix sur leur avenir ! Mais sous leurs airs féroces, les monstres dissimulent toujours quelques faiblesses fatales pouvant les mener à leur perte. King Kong avait le coeur sensible, Dracula redoutait le soleil, le Colosse avait les pieds d’argile... Le Yark, lui, a l’estomac fragile. Son ventre délicat ne tolère que la chair d’enfants sages, un peu comme les vieux, qui avec l’âge, ne digèrent plus que le potage.
En effet, les bêtises modifient la composition chimique de l’enfant. Quand il commet une mauvaise action, son coeur distille un poison violent et sa chair devient plus toxique que le venin d’une vipère aspic.
Le Yark aurait cent fois préféré se régaler de méchants, comme les chèvres qui tout en se nourrissant débarrassent la Terre des mauvaises herbes, des orties et du chiendent. Mais les bons sentiments n’ont jamais nourri personne. Et surtout pas les Monstres !
Mais les enfants gentils se font rares... Le Yark va tout tenter pour arriver à se nourrir, en vain. Quand la douce Madeleine le recueille et le soigne, il ne peut se résoudre à manger celle qui est devenue son amie...

Mon avis

Un livre sympathique qui se lit avec délectation pour les plus grands, mais peut-être plus de distance pour les petits. Les illustrations donnent un côté très dynamique et très vieilli à la fois à cause de la plume et du trait qui ressemble presque à de la gravure. L'histoire en elle-même est attendrissante et inverse les rôles. Les enfants ne sont plus les enfants modèles des livres de nos grand-parents ou de nos parents.
Un petit roman qui se joue des codes et qui fait passer un bon moment.


Lien vers l'article sur mon blog -  N° 17 dans le challenge ABC 2012

Ma notation

C = Correct ou Clapotant

vendredi 27 juillet 2012

A l'orée sombre d'Elisabeth Ebory


Auteur : Élisabeth Ebory

nb de pages : 260

Série : one-shot

Catégorie : nouvelles fantastiques







Résumé officiel ou personnel

Écoutez : le chant des passeurs s’élève dans les nuits de neige.
Observez : une silhouette d’or s’échappe sur les grands boulevards.
Traversez les miroirs brisés ; bravez l’obscurité. Dans le crépuscule des villes amères, la brûlure de la colère est un sortilège de plus ; la magie de la nuit elle-même caresse l’âme des sorcières.
Saisissez les rubans noirs : l’encre trace le chemin à suivre. Sur le pas des enfers, à la lisière des grandes forêts de ténèbres, dans la cité de Féerie… quelqu’un attend. Et vous tend la main.
C’est une invitation qui ne promet rien qu’un voyage. Il commence à l’orée sombre d’un monde étrange. L’univers farouche des fées d’encre.

Mon avis

Contrairement à ma camarade de blog, je n'ai pas trouvé le recueil transcendant. Elle, elle s'était arrêtée à l'écriture et à la symbolique. Quant à moi, ce qui m'a sauté aux yeux sont les chutes et les thématiques. Même si l'urban fantasy essaie d'innover, j'ai l'impression de revenir aux années 80. Voyage dans le temps qui ne m'a pas réussi parce que j'ai une impression de stagnation et d'absence d'évolution, contrairement aux nouvelles de Mélanie Fazi.
J'ai aussi trouvé dommage de ne pas avoir plus de figures dans ses nouvelles. le thème du double y est toujours présent mais trop souvent sous la même forme, au point d'en devenir lassant parfois. Il reste que son écriture est travaillée d'une manière particulière. On a pas du tout l'impression qu'elle décrit des ambiances parce qu'elle passe par d'autres chemins.
Un livre qui n'est tout simplement pas fait pour moi, mais qui peut en ravir d'autres. Si vous allez sur des salons où Griffe d'encre passe, n'hésitez pas à ouvrir ce recueil avant de l'acheter.


Lien vers l'article sur mon blog -  N°16 dans le challenge ABC 2012


Ma notation


C = Correct ou Clapotant

lundi 25 juin 2012

La Machine infernale de Jean Cocteau


Auteur : Jean Cocteau

nb de pages : 160

Série : one-shot

Catégorie : théâtre


Résumé officiel

Obéissant à l’oracle, Œdipe résout l’énigme du Sphinx, tue son père et épouse sa mère. La peste s’abat sur Thèbes qui a couronné un inceste et un parricide. Quand un berger dévoile la vérité, la machine infernale des dieux explose. Œdipe se crève les yeux et sa mère se pend.
S’inspirant du théâtre de Sophocle, Cocteau redonne vie aux grandes figures grecques : Œdipe, Jocaste, Antigone et Créon. Il philosophe en virtuose. Non, l’homme n’est pas libre. Il naît aveugle et les dieux règlent sa destinée. Même le héros, celui qui sort du rang, doit se soumettre. Ce grand texte dit tout sur l’homme avec infiniment d’humour et de poésie.

Mon avis

Une pièce très moderne pour le théâtre français, avec ses jeux de fantôme et d'attaque aux bonnes mœurs, mais très nettement en-dessous du niveau d'une pièce grecque. Disons que c'est une pièce grecque mise à la portée de ceux qui ne supportent pas les vieux textes. Le seul moment de la pièce qui m'a réellement choquée ou tout du moins attiré mon attention aura été l'acte III. On ne peut pas enlever à Cocteau ce courage de porter à la scène une scène de chambre à coucher entre une mère et un fils qui ne se connaissent pas. L'horreur en ressort davantage.
L'imaginaire de Cocteau est très grec dans cette pièce, il se coule très bien dans le moule. mais encore une fois, même si certains sont originaux (la comédie des remparts, le sphinx et la chambre à coucher), ces éléments n'en restent pas moins inférieurs pour les puristes du théâtre grec... et très bons pour les habitués du théâtre français. Cocteau aura donné un coup de pied dans la fourmilière.


Lien vers l'article sur mon blog -  N° 15 dans le challenge ABC 2012


Ma notation



B = Bon tout simplement

Zazie dans le métro de Raymond Queneau



Auteur : Raymond Queneau

nb de pages : 190 pages

Série : one-shot

Catégorie : classiques surréalistes


Résumé officiel

- Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t'y conduirai.
- Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
- Qu'est-ce qui t'intéresse alors ?
Zazie ne répond pas.
- Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu'est-ce qui t'intéresse ?
- Le métro.

Mon avis

Un roman qui nous chamboule et retourne la tête. Derrière son aspect très simpliste se cache un imaginaire foisonnant et une satire de la société digne de Rabelais avec son Gargantua ou son Pantagruel.
Contrairement à d'autres, j'ai peu ri. Il m'est arrivé de sourire mais à peine. Non pas que je sois austère à cet humour mais le couvert du récit surréaliste ne cache pas la réalité de la situation d'après-guerre. Un véritable méli-mélo des moeurs de la société ou plus personne ne sait qui il est. Splendide critique de la gendarmerie et belle reprise du rêve d'Alice au pays des merveilles, Zazie sous couvert de cataphores "mon cul oui" rêve d'aller dans le métro. Métro qu'elle prend mais dont nous n'aurons aucun détail. il en va de même pour le spectacle de Gabriel. Ce sont pourtant deux éléments importants et attendus du récit. Quand on voit que le "type" surprend la femme de Gabriel chez elle et que cete dernière prend la fuite suite à une dispute sur la conjugaison... on comprend vite que nous ne sommes plus dans la réalité. Et si Zazie n'avait pas rêvé tout cela ? Comment en être sûr ?

Il ne faut pas chercher de logique mais comprendre les mœurs. Un livre touchant mais qui ne m'a pas tant atteinte que cela.


Lien vers l'article sur mon blog -  N°14 dans le challenge ABC 2012


Ma notation

C = Correct ou Clapotant
Un génie garguantuesque, mais une oeuvre moins drôle que son maître.

mercredi 6 juin 2012

Le Peuple turquoise d'Ange


Auteur(s) : Ange

nb de pages : 207

Série : Ayesha, tome 1

Catégorie : fantasy (lu sur Kindle)



Résumé officiel

Dans un monde où la guerre fait rage depuis des millénaires, où les dieux règnent sur un système de castes complexe et cruel, où un esclave vaut moins qu'un cheval...
que vaut la vie d'un galérien qui se noie ? Rien, bien sûr. Aussi quand Arekh, un homme au passé mystérieux et trouble, est sauvé d'une mort certaine par une belle inconnue, tout son cynisme, tout son système de valeurs sont remis en question. Or, la femme qui l'a secouru se nomme Marikani : elle est la dernière descendante de la lignée des rois-sorciers d'Arrethas. L'aider à retrouver son trône sera le premier acte non égoïste de la vie d'Arekh.
Mais aucun acte n'est gratuit. Le prix à payer est peut-être celui de ses certitudes... Cette trilogie de Fantasy à grand spectacle est l'histoire de la fin d'un âge... Ou comment la rencontre d'un ancien galérien et d'une jeune reine, pris dans le tourbillon de l'histoire et de la guerre, va changer pour toujours la destinée d'une civilisation.

Mon avis

Après un très bon début, même si un peu lent, on se retrouve propulsé à 100 à l'heure dans la 2e partie, Harabec. Je n'ai pas du tout apprécié la différence de rythme au sein du même livre. Même si elle était bienvenue, l'évolution brutale des sentiments du héros m'a parue surréaliste. La révélation finale a fait retomber mon peu d'enthousiasme. Un chemin trop facile et couru d'avance.
J'en attendais sûrement trop de cette série qui est souvent portée aux nues dans son premier tome. Certes, les cent premières pages sont magnifiques et on découvre avec plaisir une civilisation proche des ottomans et des berbères. Mais dans chaque partie du livre, je trouve à redire. Première partie : de belles descriptions mais un rythme pesant et ce même sur les situations belliqueuses. Deuxième partie : toujours cette ambiance orientale décrite mais j'ai eu l'impression que c'était elle qui tenait l'histoire et non les personnages. J'ai eu une impression d'appauvrissement alors même qu'on entre dans un sujet plus brûlant. Le cousin amant de l'ayashinata Marikani m'a paru tellement stéréotypé que je ne sens ni répulsion ni affection pour lui.
Il me semble que ce premier tome aurait gagné en puissance si les rythmes avaient été inversés. la première partie est plus dans l'angoisse alors que la deuxième partie est davantage centrée sur la psychologie d'Arekh et sur les complots politiques.

En bref, un bon moment de lecture mais je n'ai pas été convaincue jusqu'au bout.


Lien vers l'article sur mon blog -  N° 13 dans le challenge ABC 2012

Ma notation

C = Correct ou Clapotant

dimanche 27 mai 2012

Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez


Auteur : Gabriel García Márquez

nb de pages : 780

Série : one-shot

Catégorie : fantastique


Résumé officiel

Une épopée vaste et multiple, un mythe haut en couleur, un chef-d’œuvre de la littérature mondiale. A Macondo, petit village isolé d'Amérique du Sud, l'illustre famille Buendia est condamnée à cent ans de solitude par la prophétie du gitan Melquiades... Dans un tourbillon de révolutions, de guerres civiles, de fléaux et de destructions, elle vit une épopée mythique, à la saveur inoubliable, qui traverse les trois âges de la vie : naissance, vie et décadence.

Mon avis
C'est un abandon, malheureusement. Je n'ai pas réussi à aller jusqu'au bout de l'histoire. A peine le premier tiers. Non pas que je me sois totalement désintéressée de l'histoire, mais je me suis totalement perdue dedans ! C'était bien le but, mais ajoutez à cela une lecture très fragmentée et lente, vous obtiendrez une perte d'envie de terminer la lecture.

Si la mise en page en page d'un livre papier ou d'un ebook est pour vous capitale pour pouvoir lire de manière fluide, n'achetez pas la version Points 2. Certes le design est intriguant, pratique pour la plupart et drôle en règle générale, mais tout s'enchaîne dans des blocs imposants, avec peu de marge et un interlignage serré. Pas une seule respiration avant des pages et des pages dans cette édition. C'est étouffant. Je pense que je n'ai pas pu finir ce livre en grande partie pour cette raison. Je n'éprouvais aucun plaisir dans une lecture déjà bien difficile à assimiler avec des personnages hauts en couleurs et très nombreux. Le pire aura été de différencier le fils Arcadio du père.

Je pense que je reviendrai sur ce livre plus tard, quand j'aurais beaucoup de temps pour tout enchaîner (ou le jour où je pourrai emprunter le livre en format normal). L'univers que j'ai pu découvrir foisonne d'idée, d'histoires, de sentiments et de rebondissements. On ne s'ennuie absolument pas et on oscille entre littérature fantastique et littérature historique, typiquement l'influence hispanique que j'avais adoré dans <em>Le Coeur cousu</em>. Tous les personnages sont développés et l'intrigue est tellement complexe qu'on en oublie presque le manque de descriptions sur le village. Ce sont les actes des habitants et surtout de la famille Arcadio qui construisent cet univers. Je ne suis malheureusement pas allée très loin pour en dire davantage. Dans tous les cas, l'idée d'allier alchimie et commerce des gitans m'a beaucoup amusée au tout début du livre !

Un abandon oui, mais un abandon forcé. Je serais presque obligée de reprendre du début si je devais m'y remettre maintenant. J'ai tant de lectures sur le feu que je préfère lui consacrer davantage de temps pour prendre goût un imaginaire qui m'a fait de l’œil tout au long de ma lecture mais dont je n'ai pu qu'entrapercevoir.

Lien vers l'article sur mon blog -  N° 12 dans le challenge ABC 2012

Ma notation

E = Échec de lecture (causes citées dans l'article)

dimanche 29 avril 2012

Jane Eyre de Charlotte Brontë

 
Auteur : Charlotte Brontë

nb de pages : 545

Série : one-shot

Catégorie : classique anglais en VO




Résumé personnel

Jane Eyre a perdu ses parents très jeune et n’a connu que la sévérité de sa tante Mme Reeds et de ses enfants. Objet des jeux violents de ces derniers, tout bascule pour elle le jour où on l’enferme dans dans la chambre où Mr Reeds est mort. Croyant voir son fantôme et d’autres apparitions mystérieuses, elle tombe malade. Sur conseil de l’apothicaire, Mrs Reeds envoie Jane Eyre à l’école Lowood. Mrs Reeds, même si elle avait promis à son mari mourant de veiller sur sa nièce, ne pourra jamais l’aimer.
Jane Eyre vit huit ans dans cette école austère, insalubre et peu accueillante. Elle réussit à lier d’amitié avec la chef des institutrices et avec une élève, Hélène Burns, qui mourra d’une fièvre peu de temps après leur rencontre. Après son instruction, Jane Eyre reste à l’école Lowood comme professeur pour les nouveaux orphelins. Elle finit par passer une annonce pour devenir gouvernante ailleurs.
On répond à son annonce quelques jours plus tard et la voilà partie pour Thornfield, croyant qu’elle serait sous la direction d’une femme. Une fois sur place, dans un château à l’atmosphère lugubre, et après avoir rencontré un homme à cheval qui lui a rappelé une légende anglaise, on lui apprend que la femme qui a répondu à l’annonce n’est que la chef des serviteurs. Son nouveau maître sera Mr Rochester, absent pour le moment. Jane fait connaissance avec sa jeune élève et se lie d’amitié très vite. Quelques temps plus tard, elle rencontre enfin son nouveau maître qui essaie désespérément de la provoquer. Un jeu du chat et de la souris se met en place. Il sent d’emblée que derrière son bon maintien et sa politesse, se cache une femme qui aime Dieu mais qui dicte aussi sa vie comme elle l’entend. Simple, rêveuse et naturelle, Mr Rochester tournera la tête de Jane plus d’une fois jusqu’à lui demander sa main alors qu’il lui faisait croire qu’il allait en épouser une autre. La suite des événements dégradera l’atmosphère et le destin de Jane va être chamboulé. Une histoire d’amour proche de celle de la Belle et la Bête a commencé.


Mon avis

Je suis littéralement tombée amoureuse de ce livre. J’avais déjà lu quelques morceaux de la traduction française que je trouvais plate et molle. Le texte anglais, bien que très pur dans sa syntaxe, est en fait très proche de la syntaxe française. Du coup, on a bien un sentiment de décalage d’époque, mais tout est fluide, poétique et vivant. On est loin des textes romantiques français dont le pathos dégoulinaient des mots.

J’ai adoré l’idée de faire un récit à la première personne pour cette histoire. Ce qui est dommage, c’est qu’on se sent un peu moins proche des autres personnages et qu’on ne les connaît que par l’opinion de Jane. Néanmoins, on vit les angoisses, la solitude mais aussi les joies et les passions de l’héroïne. On est loin des intrigues de mœurs un peu pompeuses, Jane est un personnage qui transcende le temps et qui aurait pu vivre à notre époque. La société du 19e siècle rend outrageant certaines de ses actions, mais vu de notre œil on décrypte davantage une femme qui s’affirme dans son monde. Son refus de devenir la maîtresse de Rochester alors qu’elle l’aime passionnément est du en partie par son éducation religieuse, mais aussi par celle du « self-respecting ». Elle a beaucoup de principes qui vont lui permettre de survivre. La religion n’est pourtant pas le seul élément de l’équation. La preuve : son cousin St John est membre du clergé et est beaucoup trop religieux. Il ne pense plus par lui-même et n’arrive plus à avoir des émotions. Jane n’est absolument pas comme lui.
J’ai suivi avec entrain la passion entre Mr Rochester et Jane Eyre à tel point que je n’en pouvais plus d’attendre le moment de leurs retrouvailles. La césure qui s’est faite était obligatoire pour que leur réunion soit plus forte et plus apaisée. Jane Eyre avait eu peur qu’il se lasse d’elle, qu’il ne l’aime que d’un amour passionnel. Cette idée allait à l’encontre de ses principes et l’angoissait plus qu’autre chose. La scène de leur dispute est magistrale et on tremble avec Jane.

D’un certain côté, on retrouve des idées de Belle du Seigneur : un amour passionné ne peut apporter que la mort d’une flamme. L’amour fraternel, de compassion, est celui qui fera perdurer un couple. Même si on sent toujours que la passion anime toujours le couple, elle est plus adoucie par les infirmités de Rochester. Le happy end peut en décevoir certain(e)s mais savoir qu’un peu d’espoir est au bout du tunnel, c’est tellement mieux.

[...] La suite sur mon blog.

Lien vers l'article sur mon blog -  N°11 dans le challenge ABC 2012

Ma notation


A = Admirable ou Absolument immanquable

dimanche 22 avril 2012

Le Sabotage amoureux d'Amélie Nothomb



Auteur : Amélie Nothomb

nb de pages : 124

Série : one-shot

Catégorie : contemporains




Résumé officiel

Saviez-vous qu'un pays communiste, c'est un pays où il y a des ventilateurs ? que de 1972 à 1975, une guerre mondiale a fait rage dans la cité-ghetto de San Li Tun, à Pékin ? Qu'un vélo est en réalité un cheval ? Que passé la puberté, tout le reste n'est qu'un épilogue ?

Vous l'apprendrez et bien d'autres choses encore, dans ce roman inclassable, épique et drôle, fantastique et tragique, qui nous conte aussi une histoire d'amour authentique, absolu, celui qui peut naître dans un cœur de sept ans. Un sabotage amoureux : sabotage, comme sous les sabots d'un cheval qui est un vélo...

Mon avis

Un imaginaire très riche dans un monde si brute. Et je dirai que les enfants sont peut-être plus violents que leurs parents. Ils sont un tampon de la société et de ce que pensent leurs parents. Quoi de mieux qu'un ghetto chinois sous la dictature pour faire une reconstitution de la second guerre mondiale avec des enfants ? Les conditions d'insalubrité de leurs jeux sont les mêmes que durant la guerre, mais pour eux c’est un jeu. Le décalage est très prenant.
Hormis cela, je n'ai pas du tout été étonnée ni par la narration, ni par l'histoire, ni par le cynisme d'Amélie Nothomb. On pourrait croire qu'en écrivant autant, elle essaierait de travailler ses intrigues, mais chaque fois que j'ouvre un de ses livres, c’est toujours la même recette. Il n'y a que Mercure qui m'ait un peu étonnée. Nous retrouvons à nouveau une héroïne cynique, qui aime commander les autres et qui rencontre des gens dans une situation toujours délicate. J'ai donc lu ce livre avec désintéressement et déception. Elle nous ressert toujours la même sauce de nos jours avec ses nouveaux romans.

En bref, quelqu'un qui ne connaît pas Amélie Nothomb pourra être surpris par son parti pris et par l'imaginaire développé. Quelqu'un qui a l'habitude de lire cette auteure ne découvrira qu'une bande d'enfants bien cruels que leurs parents. Aucun autre apport.

N°10 dans le challenge ABC 2012

Ma notation


C = Correct ou Clapotant

vendredi 30 mars 2012

Ordalie de Cécile Ladjali


Auteur : Cécile Ladjali

nb de pages : 200

Série : one-shot

Catégorie : contemporain





Résumé personnel


Zackharian habite chez son oncle, instituteur et ancien membre du NSDAP, et sa tante, femme au foyer parce qu’il est orphelin de guerre. Il déménage en Hongrie après la chute d’Hitler en Allemagne et vit avec ses deux cousins et son idole, Ilse. C’est ce que le narrateur nous explique au début de son histoire, quand il regarde en direct la chute du mur de Berlin. Des photos d’Ilse sont éparpillées chez lui et elle semble beaucoup compter pour elle. Rien ne laisse présager que Zackkharian, le photographe, était ce qu’il a été. Au départ une simple amourette d’adolescent perdu, il passera sa vie à aimer sa cousine Ilse et à désirer sa voisine, qui accepte les traitements masochistes de son amant. Ilse est un modèle en tout pour Zak’ : élève modèle, philosophe et poète, le narrateur ne peut s’empêcher de l’aimer de plus en plus fort. Et d’être de plus en plus jaloux.
 
Car Ordalie, c’est aussi en parallèle une histoire d’amour fulgurante et houleuse d’Ilse et de Lenz, un juif allemand qui se bat contre son passé et contre cette présence d’Ilse qu’il désire et rejette. Ils sont complémentaires mais aussi antagonistes. Ils s’étouffent mutuellement mais ne peuvent s’empêcher de se voir. Alors que Zak’ n’a d’yeux que pour sa déesse, au point d’en devenir mauvais avec sa propre amante, Ilse et Lenz auront une succession d’idylle et de ruptures. Opposition de pensée (elle veut un engagement politique, il veut un lieu reculé pour mieux observer la société ; elle veut une vie d’indépendance, il veut une famille ; ils sont rongés par la solitude, mais ne peuvent vivre ensemble). Sous cette intrigue se cache un autre jeu : celui d’une parade amoureuse entre Ilse et Zak’.


Mon avis

Un roman inspiré de la vie de deux personnes réelles. De deux artistes qui se sont aimés si forts qu'ils se sont détruits.

On sent du Nancy Huston dans l’écriture de Cécile Ladjali. Un modèle pour elle ou simplement un état d’esprit similaire ? je pencherai pour le second. Ladjali utilise des tournures de phrases propre à elle, qui déstabilisent. Que dire alors du prénom Ilse ? On lit volontiers « Il se » à la place et on se retrouve avec des phrases étranges ou amusantes. Je ne pense pas que ça soit anodin.
L’histoire en elle-même est dure et légère à la fois. On sent que l’art et les orphelins sont des sujets qui lui tiennent à cœur. Cette plongée dans son univers m’a donné envie de connaître davantage certains de ses livres.

L’auteur a fait un travail intéressant sur les dialogues : quand un seul personnage parle, il y a un tiret mais le texte est rentré dans le paragraphe. Quand deux personnages parlent, il y a retour à la ligne et alinéa, mais sans tiret. Le seul moment où deux personnages ont des tirets se trouve dans les derniers chapitres, quand Ilse et Lenz se retrouve une dernière fois comme amant. On a l’impression qu’ils ont atteint le paroxysme de l’art et qu’enfin leurs voix se distinguent pour former un tout. Ensuite tout redevient normal : pas de marque de ponctuation, les personnages appartiennent au texte mais on peut glisser sur eux comme s’il s’agissait d’une narration et non d’un discours direct.

Pas un coup de cœur, mais une agréable découverte. Il est vrai que l’histoire a du mal à décoller, mais par curiosité j’irai faire un tour du côté de La Chapelle Ajax pour confirmer ou infirmer cela.


Lien vers l'article sur mon blog -  N°9 dans le challenge ABC 2012

Ma notation


B = Bon tout simplement

jeudi 22 mars 2012

Pluto tome 1 de Naoki Urusawa


Auteur : Naoki Urusawa

nb de pages : 202

Série : tome 1

Catégorie : manga






Résumé officiel

Le très puissant robot Mont-Blanc a été détruit sans que l'on sache par qui ou par quoi.
Au même moment, un des cadres du groupe de défense des lois sur les robots est assassiné... Deux affaires sans relation apparente... ? Pourtant, sur les lieux du crime, c'est le même ornement en forme de cornes qui a été retrouvé. Le meurtrier est-il un homme ou un robot ? ! Selon les lois sur les robots, c'est impossible, les robots ne peuvent pas s'attaquer aux hommes. Voilà une affaire sans précédent, étrange et compliquée et c'est l'inspecteur-robot Gesicht qui en est chargé ! Gesicht ne va pas tarder à découvrir l'objectif du meurtrier : éliminer les sept robots les plus forts du monde...
dont lui-même, Gesicht, fait partie !

Mon avis
J'ai beaucoup aimé le trait très particulier d'Urusawa. Ses nez tout particulièrement, parce qu'ils permettent de différencier les différentes ethnies et surtout parce qu'il donne tout le caractère aux personnages. On commence tout doucement dans ce tome par une histoire de robots qui protègent les humains mais qui ne peuvent pas les tuer. On voit différents modèles qui montrent à quel point la technologie s'est perfectionnée et à quel point les robots peuvent se fondre dans la population humaine. D'ailleurs, quand on commence, on ne pense pas tout de suite que notre héros est un robot. Un autre point qui m'a frappé c’est cette différence générationnelle, très présente dans les livres japonais de notre époque. Les vieux robots pourraient être les samouraïs pendant que les robots à apparence humaine sont les nouveaux japonais du XXe et XXIe siècles. Le personnage est de suite attachant mais ce tome reste un peu trop doux pour un début d'intrigue. On est plus du côté de la réflexion. Cependant, la référence à Astro Boy à la fin maintient très bien le suspense ! Quelques prémices avec la révélation du nom du grand méchant, Pluto. Une organisation ? Un humain, seul ? On sait simplement qu'un humain aux capacités physiques époustouflantes a tué un autre humain. Même signature que sur le meurtre du robot Mont-Blanc : deux cornes plantées dans le crâne. Une série à découvrir pour ceux qui auraient raté un train, eux aussi !

N° 8 dans le challenge ABC 2012

Ma notation

B = Bon tout simplement

jeudi 1 mars 2012

Le Joueurs d'échecs de Stefan Zweig


Auteur : Stefan Zweig

nb de pages : 94

Série : one-shot

Catégorie : classiques





Résumé officiel

Qui est cet inconnu capable d'en remontrer au grand Czentovic, le champion mondial des échecs, véritable prodige aussi fruste qu'antipathique ? Peut-on croire, comme il l'affirme, qu'il n'a pas joué depuis plus de vingt ans ? Voilà un mystère que les passagers oisifs de ce paquebot de luxe aimeraient bien percer.
Le narrateur y parviendra. Les circonstances dans lesquelles l'inconnu a acquis cette science sont terribles. Elles nous reportent aux expérimentations nazies sur les effets de l'isolement absolu, lorsque, aux frontières de la folie, entre deux interrogatoires, le cerveau humain parvient à déployer ses facultés les plus étranges.
Une fable inquiétante, fantastique, qui, comme le dit le personnage avec une ironie douloureuse, " pourrait servir d'illustration à la charmante époque où nous vivons ".

Mon avis

Un avis plus que mitigé sur ce livre. Autant j'ai beaucoup apprécié le développement de la folie du vrai héros et sa confrontation avec l'autre joueur d'échecs, autant la construction de la narration à la manière des vieux récits a un peu fait retomber mon enthousiasme. A la manière de certains textes du 19e siècle, un narrateur témoin d'une scène ou d'une conversation va être au cœur de l'histoire. Il va avoir le rôle du lecteur qui reste extérieur à toute forme de folie. Un premier récit commence et au moment où on pense que le point d'orgue est atteint, un deuxième personnage arrive et se présente comme le vrai protagoniste. Bien souvent plaintif et cherchant à attirer la pitié, ici Stefan Zweig joue avec cette structure pour nous amener un sujet très dur : le nazisme. C'est le seul moment qui m'a semblé intéressant. Le reste ne paraît être que fioriture.
Pour terminer, la fin m'a parue trop brusque. On est réellement dans un autre type de récit qui sur certains aspects paraît très vieillot et sur d'autres reste très contemporain. C'est donc mitigée que je sors de cette lecture. La description de l'imaginaire comme seule porte de sortie pour ces victimes particulières du nazisme est vraiment très prenante. On sent l'escalade vers la folie, même durant la partie d'échecs finale. Mais je reste encore trop loin du texte pour réellement l'apprécier. Une autre forme de lecture, une trop forte habitude des récits de notre temps. En tout cas, vu la brièveté du roman (peut-on parler vraiment de ça ici ?), c’est une expérience à tenter. Pour donner un équivalent, la structure du récit m'a fait penser à Frankenstein.
L'écriture est simple mais elle va surtout à l'essentiel. Pas de fausse note dans cette traduction, tout est fluide. Elle aide sûrement à nous faire accepter l'inacceptable : la folie totale du personnage.

Lien vers l'article sur mon blog -  N°7 dans le challenge ABC 2012

Ma notation

C = Correct

jeudi 23 février 2012

Yaxin - Le faune Gabriel de Dimitri Vey


Auteur : Dimitri Vey et Man Arenas

nb de pages : 64

Série : tome 1

Catégorie : BD



Résumé personnel

Yaxin, île imaginaire perdue dans l'océan, loin de la civilisation du monde moderne. Gabriel, un jeune faune, y vit. La végétation est luxuriante, les animaux vivent en harmonie avec plusieurs peuples féériques. Mais Gabriel est souvent seul. Il ne connaît pas sa mère mais y songe très souvent. Un jour, il rencontre un vieil homme un peu magicien sur les bords. Il le nomme Merlin. Gabriel veut qu'il devienne son ami et son mentor pour toujours, mais la vie est bien plus complexe que cela. Si l'homme est ici, c’est parce qu'il suit sa route et que celle-ci l'a guidé sur cette île.

Mon avis

Choix étrange du scénariste que de travailler l'ensemble de la BD comme une longue prose poétique. Les bulles de narration sont aussi furtives et imposantes que la végétation et les courants d'air qui circulent sur cette île. De son côté, le dessinateur sert l'intrigue avec des aquarelles très profondes ou très épurées. La combinaison de l'art des deux auteurs fait qu'on a l'impression de n'avoir qu'une seule personne en face de nous.
Nous suivons Gabriel au travers des quatre saisons sans trop creuser le but de sa quête : il ne veut plus être seul et il ne se souvient plus de sa mère. Le lecteur doit s'en tenir à cela. Yaxin est un univers vaporeux où se mêle monde de l'enfance et désir de l'adulte. Gabriel aimerait beaucoup faire partie des nymphes pas très vêtue du début, mais ensuite il se retrouve plus facilement dans une figure paternelle comme Merlin. Chose étrange, il ne se sent pas à l'aise avec les faunes adultes.
La fin laisse en suspens, comme si nous sortions d'un rêve. Nous oscillons sans cesse entre bulles narratives et peintures aquarelles enchantées. Les dialogues épurés vont à l'essentiel mais permettent difficilement de comprendre la fin.
On retrouve les éléments de la pastorale : une ambiance grecque, peuples merveilleux et sauvages, vie proche de la nature, un héros qui souhaite grandir, un texte poétique et un couple. Néanmoins, et même si Merlin pourrait ressembler à un berger, il ne s'agit pas d'amour passionnel dans cette histoire mais bien d'amitié. Les deux auteurs explosent le genre en donnant corps aux éléments de la nature ou en transposant Merlin dans une montagne.

Yaxin est un autre monde. Un rêve. Cependant, cette BD reste difficile d'accès car elle ne joue pas avec les codes habituels. On imagine facilement qu'il s'agisse d'un Avalon caché, mais le mélange entre la culture celtique et la mythologie grecque est telle qu'on n'y trouve plus nos repères. Je me demande même s'il existe une réponse qui clorait cette BD.


Lien vers l'article sur mon blog -  N°6 dans le challenge ABC 2012

Ma notation

B = Bon tout simplement

samedi 18 février 2012

L'Art français de la guerre d'Alexis Jenni

Auteur : Alexis Jenni

nb de pages : 633 pages

Série :one-shot

Catégorie : contemporain, roman historique.





Résumé officiel

L’histoire commence avec la première guerre du Golfe : le narrateur, en pleine crise personnelle, fait la connaissance d’un ancien militaire devenu peintre, Victor Salagnon. À travers les souvenirs de Salagnon défilent cinquante ans d’histoire de France revue à travers le fait militaire : la Deuxième guerre mondiale, l’Indochine, l’Algérie… Au-delà du récit d’une amitié entre deux hommes, une interrogation sur la France contemporaine, en dehors de toute idéologie.

Mon avis

J'ai commencé la lecture sur les chapeaux de roue et je me suis exténuée à la page 276. Arrivée à la moitié du roman, je l'ai refermé et repoussé loin de moi.
Le thème est insolite et son traitement est trop complexe. Un roman de plus d'une dizaine d'années, remouliné par des éditeurs Gallimard, on en attendait pas moins. Cependant, la narration est tellement lente et reprend tellement de fois les mêmes choses qu'on se lasse très vite si on ne s'accroche pas. Autant les chapitres avec la vie de Salagnon sont très lents mais on avance dans le temps, donc on a l'impression que ça bouge, autant les chapitres du narrateur premier sont longs et tournent autour du pot. On n'apprend rien de neuf de son côté. L'auteur a essayé de mimer l'immobilisme, pire la paralysie, des gens face à la violence des années 90. Chocs culturels oui, mais pourquoi ?
On pourrait croire que L'Art français de la guerre est un pamphlet qui répond à ces questions, la dite identité culturelle. Cependant, plus on avance dans la lecture, plus il rajoute plus de flou. Alexis Jenni a tellement voulu mimé l'immobilisme que l'on ressort avec des opinions et non un avis. Avec la rencontre entre un français moyen viré de l'administration et raciste et un français qui a fait presque toutes les guerres du XXe siècle (2e guerre mondiale, guerre d'Indochine et guerre d'Algérie), nous nous devons d'essayer de comprendre par nous-mêmes ce que l'auteur a voulu pointer du doigt. Un côté pédagogique qui au départ peut sembler bien coller, mais qui peut finir par agacer à la longue.

Un roman très riche, trop riche. Il soulève pourtant de véritables interrogations comme par exemple le choc générationnel : nos grand-parents et parfois parents qui voient les familles immigrées depuis des générations comme des étrangers ; les jeunes qui sont plus habitués à cette mixité et qui ne comprennent pas pourquoi on pointe ça du doigt car cela fait partie de leur environnement. Une autre question type au centre de cet ouvrage : comment pouvons-nous dire que nous sommes 100% français alors que dans nos veines coulent du sang norvégien, du sang italien, du sang slave, etc ? Un des chapitres du narrateur premier explique que dans les années 90, il y a eu une vague de tests ADN. Son identité pouvait se briser en un quart de seconde. Aussi fort qu'une bombe lancée sur une ville.
Enfin, la dernière interrogation de ce double roman, c’est avant tout comment nous nous sommes formés une nouvelle identité par rapport aux guerres qui se sont succédé. Résumer cette idée brûlerait les étapes et détruirait le plaisir de découvrir le livre. Je pense avoir donné quelques pistes plus haut.

A vous de juger si vous voulez vous lancer dans l'aventure, mais on ne ressort pas indemne de ce roman.


N° 5 dans le challenge ABC 2012

Ma notation

Un roman intéressant mais tient difficilement en haleine de par son intrigue qui tourne en rond.

mercredi 1 février 2012

Le Chat qui venait du ciel de Takashi Hiraide


Auteur : Takashi Hiraide

nb de pages : 109

Série :one-shot

Catégorie : roman




Résumé personnel

Le narrateur quitte son travail d'éditeur pour se consacrer entièrement à l'écriture. Sa femme est correctrice et pourra travailler directement avec lui à la maison. La vie coule tranquillement mais voilà qu'apparaît un nouveau voisin : un chaton. La propriétaire du pavillon ne veut pas qu'il reste, mais la famille adoptive arrive à l'intégrer tant bien que mal. La petite bouille du chaton, Chibi, arrive un jour sous les fenêtres de la maison du narrateur. Commence alors une histoire d'amitié, exempte de contacts physiques, mais qui se révélera plus forte que tout. L’humanité et ses problèmes sont mis de côté. Le chaton, comme envoyé des dieux, est mis au centre. La vie de ce jeune couple change... jusqu'à cet accident tragique.

Mon avis

Je vais commencer par saluer la traduction d'Elisabeth Suetsugu. Le texte se lit rapidement et on ne ressent aucune fausse note, un exploit pour les textes de langue rare. C'est le premier livre que je lis chez Piquier et cela m'a encouragée à lire plus de littérature asiatique chez eux à l'avenir.
Pour ce livre, il fallait une traduction parfaite car même si le sujet est simple, maintenir l'attention du lecteur est difficile pour peu qu'il soit un peu trop impatient. La finesse du style nous immerge dans une réalité alternative, pour le plus grand bonheur des amoureux des chats. Une belle histoire triste comme on les aime chez les Japonais.

Le Chat qui venait du ciel ne comporte aucun prénom, si ce n'est ceux des chats que nous allons croiser. Ce livre est une ode à cette race et à l'impact qu'elle a eu sur la vie de l'auteur. Si l'humanité est reléguée au second plan, nul besoin de la nommer. Ce roman nous invite à sortir du nombrilisme permanent des autobiographies habituelles. Si le sujet n'aura pas marqué tous ses lecteurs, les interprétations de cette œuvre sont multiples. On retrouve à la fois le chat comme envoyé divin, la question de l'affection (doit-on nécessairement avoir le contact physique pour apprécier un animal) mais surtout le deuil. Chibi est mis en parallèle du vieux propriétaire qui est mort. Le chaton représente une certaine image du Japon et comme un moyen d'oublier quelques temps l'Homme. Il y a bien des moments où le narrateur est obligé de revenir à des actions plus proches de l'être humain, mais nous apprenons au fil de l'intrigue que tout est lié au chaton (écriture, la vue sur l'orme, le jardinage, etc).
La mort de Chibi est très symbolique. Est-il vraiment mort écrasé ? Pourquoi a-t-il été retrouvé à l'endroit même où il avait été découvert par sa famille adoptive ? Nous nous attendions à un récit fermé mais le rebondissement final nous donne presque envie d'élucider la mort tragique de Chibi.

J'ai été -très- touchée par ce petit ouvrage. J'ai très bien compris les joies et les peines de tous les acteurs de ce livre et la question de remplacer le chat par un autre chat m'a semblé cruciale. On parle de Chibi comme d'un enfant dans ce roman. Les animaux de compagnie ne sont pas que là pour sortir de l'ennui, ils font partie intégrante de notre vie et nous nous attachons fortement à eux. La femme du narrateur n'a pas pu s'empêcher de "recueillir" un autre chaton qui a bien voulu pousser la porte du nouvel appartement. Elle a besoin d'un tampon pour ses émotions. Le narrateur, lui, n'arrive pas à oublier Chibi. Les anciens maîtres sont partis et le chaton enterré sous l'orme est maintenant seul au monde...


Lien vers l'article sur mon blog -  N°4 dans le challenge ABC 2012

Ma notation



Une petite vie qui vous rencontre, s'évapore et amène avec elle une réflexion sur l'affection.

dimanche 15 janvier 2012

Sous l'eau, l'obscurité de Yoon-Sun Park


Auteur : Yoon-Sun Park

nb de pages : 159

Série : one-shot

Catégorie : BD


Résumé personnel

Séoul, banlieue des riches assaillie par les familles modestes, centre sportif Chung-woo. Min-Sun suit sa leçon de natation hebdomadaire. Elle est encore dans le groupe des canards, tandis que sa sœur fait partie des pros. Jusque là, rien d'anormal. Mais voilà, Hee-Young est dans sa classe de CE2 et elle est déjà chez les pros. Plus réservée et plus paumée que les autres filles de son âge, elle se créé un monde sous l'eau, l'obscurité. L'intrigue commence par une rumeur que Min-Sun lance : les sportifs sont des débiles mentaux. Bien sûr, puisque Hee-Young est la fille la plus populaire, tandis qu'elle, elle n'est qu'une ratée. De toute façon, elle déteste la piscine : elle n'en fait que parce que sa mère a payé son trimestre. Parlons-en de sa famille. Min-Sun passe pour une fille de Mat-Bul-I, une enfant dont les parents sont tous les deux salariés. Ce statut est encore très mal vu à l'époque. La mère de Min-Sun ne s'occupe pas de sa cadette. Elle n'a d'yeux que pour l'aînée, parce qu'elle fait ce qu'elle lui ordonne, et pour la Bourse.

Mon avis

Le nœud de l'intrigue est ici : Min-Sun n'arrive pas à se projeter dans la figure maternelle. Elle ne trouve pas sa place et est donc cruelle envers les autres. Elle finira par rentrer dans le moule. Sa sœur est championne de natation, mais elle se blesse et ne pourra plus nager. La mère a payé un trimestre au maître-nageur qui continue de donner des cours malgré la fermeture du centre sportif. Elle préfère envoyer Min-Sun plutôt que de perdre son argent. Elle passe du groupe des canards à celui des pros... Un choc émotionnel et physique. Min-Sun en profite tout de même : maintenant Hee-Young lui parle ! Min-Sun délaisse son amie-esclave qu'elle s'était faite auparavant pour rester avec la fille la plus populaire de sa classe. Ses jeux aussi muent. Elle passe du vol de chaussures de femme au jeu du docteur... qui est mis en scène de façon un peu malsaine.
Min-Sun devient une petite fille parfaite, qui grandit et devient une adulte perdue parmi tant d'autres adultes qui lui ressemblent.

Il est difficile de rentrer dans l'intrigue parce que l'atmosphère oppressante est poussée à son maximum. L'univers est froid avec ses teintes de bleu, de blanc et de noir. Le trait de la dessinatrice est élastique et déstabilise un peu. Ceci dit, j'ai tout de même réussi un peu à m'identifier au personnage : sa haine de la piscine, son sentiment d'être perdue et rejetée par les adultes, la volonté de s'intégrer dans un groupe. Malheureusement pour elle, on comprend à la fin qu'elle n'a pas réussi à se forger une personnalité propre.

Sous l'eau, l'obscurité est une dénonciation de la société coréenne de l'époque tout en gardant une portée universelle. Le passage où Min-Sun jette les chaussures de femmes volées est très fort. Certes, l'ambiance reste un peu malsaine mais c'est ce qui permet de se détacher aussi de la situation. Si on doit résumer en quelques mots cette BD, on pourrait dire qu'il s'agit des angoisses de l'enfant qui n'arrive pas à grandir par lui-même et qui se rebelle face à la figure maternelle... en vain. Yoon-Sun Park nous présente la situation comme fataliste : Min-Sun n'a pas d'autre choix que de se plier aux choix de sa mère et donc à ceux de sa société. En quelque sorte, on peut dire aussi que le monde de ces enfants est le reflet de celui des adultes, auquel nous n'avons pas accès. Les enfants sont cruels entre eux et déverse leur colère sur les autres pour réduire à néant leur amour-propre.


Lien vers l'article sur mon blog -  N° 3 dans le challenge ABC 2012

Ma notation

Une BD qui mérite d'être lue mais ne s'adresse pas forcément à tout le monde car la patte de l'auteur est très présente. Néanmoins, c’est une belle découverte psychologique.

lundi 9 janvier 2012

1000 vents, 1000 violoncelles de Hideko Ise


Auteur : Hideko Ise

nb de pages : 40

Série : one-shot

Catégorie : album jeunesse




Résumé personnel

Un petit garçon rencontre une nouvelle élève à son cours de violoncelle. Elle joue bien mieux que lui, qui a reçu son instrument à la mort de son chien. Elle sympathise de manière un peu brutale avec lui mais ils ne se séparent plus. Elle est dans la compétition, lui est dans le souvenir de son chien.
La situation se retourne à l'annonce d'un concert de soutien pour les rescapés du tremblement de terre de Kôbe. La petite fille vient de là-bas. Si elle est si perfectionniste, c’est parce qu'elle y a tout perdu. Aux répétitions, ils apprennent à faire corps avec les centaines de violoncellistes grâce au vieux monsieur. Lui aussi a tout perdu à Kôbe, même son instrument. Celui qu'il a avec lui ? C'est celui d'un vieil ami, mort. Le jour du concert arrive, chacun vient avec son histoire...



Mon avis

Un bel album qui me mettait l'eau à la bouche depuis un moment. Édité chez Nobi Nobi, ce n’est pourtant pas avec cet album que la maison s'est fait connaître. Ce livre fait partie de la collection Hors Collection où plusieurs auteurs japonais se côtoient dans une ambiance miyizakienne. 1000 vents, 1000 violoncelles est attirant dès la couverture mais aussi très troublant. Les visages ne sont pas clairement dessinés et on ne les jamais de face, comme si la musique transportait le trait et la couleur vers un sujet plus léger... ou plutôt plus commun.
Un regard plein d'innocence et de douceur sur un événement très marquant et violent pour la société japonaise. Pas une seule fausse note aussi bien dans les dessins que dans la traduction. Les enfants s'enferment dans leur jardin secret et font corps avec la nature pour mieux l'apaiser. Un conte aussi bien pour les enfants que les adultes où l'on réfléchit sans le savoir sur l'importance de la vie et de la mort.

Je ne sais pas quoi dire de plus. Il aurait très bien pu se vendre en complément avec l'artbook Magnitude 9. Le trait est juste : pas besoin d'identifier réellement les personnages car ils doivent se confondre les uns dans les autres. Les couleurs sont douces et jouent le contraste chaud / froid avec brio. L'aquarelle fait penser un sentiment de diffusion et reproduit à merveille la musique et le monde de l'enfance.


Lien vers l'article sur mon blog -  N° 2 dans le challenge ABC 2012



Un album sur la solidarité et le pouvoir de la musique à lire de toute urgence !

mardi 3 janvier 2012

Habibi de Craig Thompson


Auteur : Craig Thompson

nb de pages : 670

Série : one-shot

Catégorie : BD



Résumé personnel

Dodola est vendue par ses parents à un scribe alors qu'elle n'a que neuf ans. Il lui apprend à lire et à écrire à partir des manuscrits du Coran et de la Bible qu'il recopie. Il se fait tuer quelques temps après et Dodola se retrouve vendue comme esclave. C'est là qu'elle rencontre Cham tout bébé, qu'elle rebaptise Zam, et qu'elle s'enfuit avec lui vers le désert. Ils vivent neuf ans ensemble puis neuf ans séparés. Lui la désire depuis l'enfance, mais elle le considère comme son enfant. Dodola n'est jamais libre : c'est une esclave, une femme, un objet. Même si elle réussit toujours à s'en sortir grâce à son corps, elle ne parvient pas à trouver le repos et ce même quand elle tombera enceinte. De son côté Zam ne supporte pas son corps qui veut devenir un homme. Il va aller jusqu'à le brider.

Mon avis

Entrer dans Habibi, c’est pénétrer dans un autre univers où la narration suit le principe du Coran : on peut piocher plusieurs chapitres pour les lire dans l'ordre que l'on souhaite, pour peu que l'on connaisse la signification des lettres arabes. Quand ils sont séparés de force par le destin, chaque personnage vit sa vie dans le complexe de sa sexualité. L'esclavage sexuel pourrait être l'expression qui résumerait bien l'intrigue mais occulterait tout une partie plus joyeuse.

Le monde dans lequel évoluent les personnages est onirique. Le désert ressemble à une mer de sable, au village on retrouve les déchets de nos contemporains dans des égouts et on apprend plus tard que la ville, dans laquelle le palais du sultan a été construit, est une cité très moderne. Les éléments se mettent en place petit à petit et prennent des proportions de plus en plus importantes. On passe d'un simple égout à un lac d'ordures au village par exemple.
En toile de fond, se dessine un plaidoyer contre l'ordurerie de la société (oui je néologise moi aussi). On peut y voir une simple référence écologique dans un monde qui devient de plus en plus technologique et où la nature devient un simple dépotoir et une esclave. Mais en creusant un peu, ce monde et ce désert devenu dépotoir c’est aussi la métaphore de l'histoire de Dodola et Zam : leurs rêves d'enfant, leur cocon familial est brisé. Ils vivent dans le monde des adultes mais sont livrés à eux-mêmes une fois ensemble. Une autre image serait celle de la nature comme spectacle de la condition de la femme et de la place de la sexualité.

La structure de cette BD est un peu plus complexe que celles que l'on lit d'habitude mais s'y habitue facilement. On commence dans le désert, on finit par une image du désert mais la narration est rythmée par des flashbacks et des changements de narrateur. Le fil conducteur est le problème de la sexualité. Un thème fort quand on voit que la totalité de l'intrigue baigne dans les sourates du Coran.
Parlons un peu de la patte de l'auteur. Les dessins sont magnifiquement bien exécutés mais ne dessert pas l'intrigue, et vice versa. Ce graphisme nous marque d'emblée et permet de partir ailleurs instantanément. Néanmoins, les détails sont tellement nombreux et les formes tellement stylisés qu'il faut parfois s'éloigner pour pouvoir comprendre ce qui se passe sur les pages. C'est assez embêtant dans une BD, mais c’est aussi un moyen ralentir sa lecture... Craig Thompson en profite pour glisser des symboles comme ceux des archanges, ceux de la féminité et du masculin, etc.

Petit point noir qui m'empêche de lui mettre la note maximale : le dernier chapitre. J'ai eu l'impression qu'il avait été bâclé. Après avoir été transportée dans les Contes des Mille et une nuits par une main de maître, alors que la violence gratuite y régnait, la tension retombe d'un coup. On est dans l'attendu, dans le manque de souffle alors que ce chapitre parle de respiration commune justement.

Lien vers l'article sur mon blog -  N° 1 dans le challenge ABC 2012

Ma notation


Un bijou à lire malgré quelques défauts minimes !